Prise au mot
Partie 2
Publié en 2024
Celle-ci était maintenant assise face à lui. Elle tremblait un peu - incontestablement le contrecoup de tant d’émotions.
Ce qui la lui rendait plus proche bien qu’il l’ait imaginée telle qu’il la voyait en cet instant : la force dans la grâce avec les contradictions liées à ce charme qu’il subissait déjà - teint de fruit d’été, chevelure presque blanche, silhouette en formes voluptueuses mais gestes tout de légèreté …
L’obscurité de son regard - on ne distinguait pas sa prunelle - le sondait comme en attente de ses réponses à lui alors qu’elle devait savoir que seules les siennes dans cet espace comptaient.
- Votre petit garçon est en sécurité ?
- Oui, avec son père.
La voix rauque souligna étonnamment la fraîcheur de son visage.
- Bien. Je suis désolé de vous importuner mais nous avons besoin d’un récit complet et sans votre apport il ne le sera pas ; surtout vu votre part active dans le scénario. Pour obtenir la trame la plus fiable nous avons questionné plusieurs fois les témoins, nous ne pouvons faire moins avec vous.
- Je comprends.
- Pouvez-vous me raconter les faits depuis votre arrivée à la banque ?
- Je suis entrée autour de 10h05, Thomas était un peu fatigué et j’ai dû le calmer avant d’atteindre le guichet auquel je n’ai pas pu finalement accéder car des exclamations de surprise et quelques cris dans mon dos m’ont fait me retourner ; j’ai vu des hommes cagoulés. J’ai serré Thomas contre moi mais il a commencé à geindre tandis que les hommes nous menaçaient avec leurs armes en aboyant des ordres. Thomas a attiré l’attention d’un des truands qui s’est emparé de lui avant que j’ai pu réagir. Tétanisée par ce que risquait mon fils, je suis restée debout, énervant ainsi celui qui le tenait et qui semblait être le chef … Il m’a hurlé des mots qui ne faisaient plus sens pour moi … Je ne voyais et n’entendais que Thomas …
Elle eut du mal à reprendre sa respiration.
- Vous vous rappelez précisément ce que vous lui avez dit ?
- Pas vraiment. J’ai réagi dans la peur … Je crois me souvenir d’un appel au calme en évoquant l’innocence de mon enfant. J’ai dû formuler «Vous en servir …» ou «… lui faire du mal ... ne pourra qu’aggraver votre cas» . Du moins quelque chose dans le genre.
Sam hocha la tête. Ses collègues (toujours derrière la glace sans tain) le connaissant bien, en déduisirent qu’il n’était pas vraiment convaincu.
- Y avait-il des personnes proches de vous et de votre fils à ce moment-là ?
- Je ne sais plus … Parce qu’aussitôt un des autres hommes a tiré sur celui qui menaçait mon fils et après c’était une telle pagaille que j’ai seulement pensé à récupérer Thomas pour le mettre à l’abri, d’abord en le serrant contre moi puis en nous jetant à terre.
Il analysa son expression, son attitude, mais rien ni dans l’une ni dans l’autre, ne laissait passer une hésitation ou n’indiquait un mensonge même par omission. Timidement un sourire l’éclaira toute entière ; bien sûr il y fut sensible. Il ne crut pourtant pas - après quelques dernières questions - la laisser partir pour cette raison.
Lorsqu’il rejoignit son équipe il fronçait toujours les sourcils sur un regard encore concentré sur les paroles de la jeune femme.
- Un détail te tracasse ? Questionna l’un de ses adjoints.
- À part le fait que des bandits venus piller une banque s’en soient abstenus pour se buter les uns les autres au dernier moment ? Railla une autre collègue
- Entre autres oui - répondit Mac Deal sur le ton qui le caractérisait.
Parce ce que ce qui le gênait dans cette histoire, c’était un témoignage singulier : celui d’UNE femme qui avait entendu les paroles de la mère adressées au cambrioleur - paroles formulées très bas mais à portée de la seule assez près pour les saisir clairement.
Et ce n’était pas les mots que la maman avait dit prononcer.
Cette autre déclaration qui expliquait pourquoi le voleur avait resserré le bras autour du cou du petit, soit par provocation soit pour rasseoir son autorité, avait été formulée comme une menace :
- Si vous touchez à mon fils, vous serez tous morts dans la seconde.
Le plus inquiétant bien que la notion de temps ait été métaphorique, c’est qu’ils étaient morts
dans la seconde.
#truands #pagaille #abri #paroles #bandits #braquage #déclaration #morts #menace #témoignage #provocation