Prise au mot
Partie 1
Publié en 2024
- Reprenons depuis le début si vous le voulez bien.
Sam Mac Deal était connu pour sa courtoisie et malgré la complexité de cette affaire, il y restait fidÚle tandis que face à lui le rondouillard qui essuyait quelques gouttelettes sur son crùne, ratatina ensuite un mouchoir entre ses mains.
- Jâentrais dans la banque quand encore dans le sas dâaccĂšs, jâai vu les hommes masquĂ©s avec leurs armes braquĂ©es sur des gens Ă terre.
- Le sas nâĂ©tait pas bloquĂ© ?
- Pas cÎté rue, seulement du cÎté banque.
- Quelle heure Ă©tait-il ?
- Un peu plus de 10h18 car comme je lâai dĂ©jĂ spĂ©cifiĂ©, jâai pu le vĂ©rifier sur le parcmĂštre quand jâai garĂ© ma voiture.
DerriĂšre la vitre de la salle dâinterrogatoire, les collĂšgues de Sam devaient se lasser de la niĂšme version de ce gars qui au cours des diffĂ©rentes entrevues, ne variait pas son rĂ©cit dâun iota. Il Ă©tait sans doute le client lambda quâil paraissait : tombĂ© par hasard au milieu dâun braquage.
đ€ Mais bon ! Autant rester prudent !
- Ensuite ?
- Jâai vu un des hommes sâemparer dâun gosse.
--Un gosse ùgé de ?
- Je le rĂ©pĂšte - (le ton se fit agacĂ©) - entre 4 et 5 ans cependant je nâen suis pas certain. Ils sont tellement grands maintenant ! Le type a pointĂ© un pistolet sur la tempe du gosse et sa mĂšre (enfin je le suppose) sâest avancĂ©e.
ĂA
tous les hommes prĂ©sents sur la scĂšne lâavaient mentionnĂ© - mĂȘme les vigiles. Lâadjectif « charmant » Ă©tait assez rare dans la bouche dâun homme Ă propos d'une femme, dâautant plus dans celle de plusieurs surtout avec un tel contexte pour attiser lâintĂ©rĂȘt de lâinspecteur.
đ Ce devait ĂȘtre donc vrai !
Sam quant Ă lui nâavait pas encore convoquĂ© la mĂšre - il attendait. Il ne savait pas quoi. Son instinct le lui dirait plus tard.
Comme le témoin en souriait encore, Sam le recentra :
- Quâa-t-elle fait ?
- Ce qui mâa Ă©tonnĂ© câest quâelle nâa montrĂ© aucun signe de panique, du moins en façade ⊠Alors que son gamin commençait Ă pleurer, elle est restĂ©e immobile, bien en face du mec et elle lui a dit quelque chose. Apparemment ça ne lui a pas plu car il a resserrĂ© son emprise sur le cou du gamin. Câest lĂ quâun de ses sbires lui tirĂ© dessus.
Le grassouillet déglutit.
- AprÚs ça a été un carnage. Ils se sont presque entretués.
Ouais.
La dĂ©claration Ă©tait commune Ă tous les tĂ©moins âŠ
đ§ VoilĂ ce qui rendait cette affaire si bizarre !
Chacun avait parlĂ© du massacre comme dâune Ă©limination finalement mĂ©thodique : un des bandits - le plus prĂšs des guichets - avait tirĂ© sur celui qui tenait lâenfant puis un acolyte (pour venger son camarade ?) avait Ă son tour Ă©liminer le tireur ; ainsi de suite jusquâĂ ce quâil nây en est plus quâun. Le dernier sâĂ©tait tirĂ© une balle dans la tĂȘte. CâĂ©tait le « presque entretuĂ©s » qui ne cessait de turlupiner Sam.
DĂšs le dĂ©but les clients sur place avaient reçu lâordre de demeurer allongĂ©s visage contre le sol nĂ©anmoins la menace sur lâenfant avait fait relever la tĂȘte Ă certains puis pendant la fusillade, les derniers fouettĂ©s par le bruit et le dĂ©sordre, avaient rampĂ© le plus loin possible du danger. La plupart avaient suivi lâaction Ă divers moments avec divergence de points de vue dâoĂč la variation des tĂ©moignages exceptĂ© sur lâinitiative de la mĂšre jugĂ©e dâun sang-froid plein de dignitĂ©.
Et câĂ©tait ce qui le troublait âŠ
⊠Quâil y ait eu perception si juste de son intervention alors que la peur aurait dĂ» brouiller les facultĂ©s des spectateurs.
DâoĂč sa conclusion :
dans le dĂ©roulement des Ă©vĂ©nements đ€š la maman posait problĂšme.
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