Ne plus être de saison
Publié le 28 janvier 2025
Au XIXème siècle, « La Saison » consistait en un calendrier mondain offrant aux jeunes filles britanniques fêtes et événements durant lesquels elles étaient présentées à la société de l'élite anglaise - parfois à la Cour. C'était souvent l'occasion pour elles de contracter un mariage de convenance.
On les appelait les "débutantes".
Un soupçon de Régence aux allures d'Angleterre
a, je ne comprends pas.
Loreleï leva les yeux vers l'homme qui avait parlé. Qui Lui avait parlé.
Il lui avait été présenté en début de soirée : un comte revenu de voyages de jeunesse qui était à ce qu'il paraissait, la coqueluche de ces dames. Derrière sa gravité elle sentit un soupçon de moquerie mais elle fit comme usuellement, elle n’en laissa rien transparaître.
Il poursuivit donc :
- Vous devriez être assaillie de prétendants plus affolés les uns que les autres. Et je vous retrouve près de votre chaperon, votre carnet de bal menaçant d'être vide.
- Vous avez quitté notre société bien trop longtemps.
La réponse le déstabilisa à peine.
- Trois ans ...
- Tout s’explique.
Le murmure l'amusa puis sur la permission de la duègne qui accompagnait la jeune fille, il s'assit à une distance estimée correcte par le "bon ton".
- Expliquez-moi ce tout, reprit-il comme s'il s'agissait d'une farce.
Une farce ? Peut-être l'était-ce au fond ! Avait-elle demandé à être distinguée des Dieux ?
Certes non.
Comme les autres, le jeune homme n'avait retenu que son apparence, laquelle - pleine de grâce et de lumière - on l'en avait complimenté tant de fois, retenait toujours l'attention de ces messieurs.
"
Magnifique !
C'est la pensée qui lui avait traversé le cœur lorsque la marquise de … l'avait introduit auprès de Loreleï, prénom qu'il s'était répété avec délectation. Elle éclipsait toutes les autres débutantes - si empressées à fondre sur lui ; n’était-il pas un très bon parti ?
Pourtant aucun de ses pairs ne se montrait assidu auprès d'Elle et il avait été choqué par leur feinte indifférence, imités en cela par les autres jeunes filles du bal. Jalousie des premières ? Peur d'être évincés pour les derniers ?
Alors que peu avant de la rejoindre il admirait l'énigme qu'elle représentait, un de ses camarades d'Eton ayant noté son intérêt, lui avait murmuré non sans une méchanceté persifleuse :
- Méfie-toi ! Elle est encore plus troublante que tu ne le subis déjà, notre "casse-membre".
- Pardon ?
- Je te laisse découvrir pourquoi nous l’avons baptisée ainsi … Mais je vais être grand, je te donne un indice : ses propos tiendraient dans une boule de cristal.
- Tu veux dire que cette jeune fille voit l'avenir ?
- Si seulement ... Dans son cas, il s'agirait plutôt de visions …
Le rire de son ami avait ricoché sur sa pétrification, cependant personne ne l’empêcherait d’approcher cette « déesse ».
La voix de la jeune femme le fit revenir à leur couple.
- Heureuse de vous distraire Monsieur durant cette longue réception. Hélas pour nous la télévision n'y comblera pas encore les moments d’ennui.
Interloqué, il fixa plus le mot inconnu que les traits parfaits de son interlocutrice.
- Vous m'avez bien demandé d'expliquer ce "Tout" ? interrogea-t-elle devant son silence
Il eut un imperceptible hochement de tête.
- Je viens donc de le faire.
Il vérifia autour de lui si son incrédulité était partagée mais il se rendit compte de leur soudain isolement. Il toussa lestement, se leva de même, salua les deux dames puis s'en alla rejoindre les rangs de ses prédécesseurs.
Encore UN dont Lorelei n'aurait rien à regretter.
Photo de couverture : Darkmoon_Art sur Pixabey
Créations PCV9 : illustration - TDR
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