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Hé bé peuchère

Publié en 2024

À toute allure, les murs en étau autour de leurs roues, les pneus rebondissaient entre les caniveaux et chaque coureur serrait le guidon à meurtrir ses mains ; il fallait éviter de déraper dans ce dédale que Cat connaissait par coeur.

En tête de leur convoi le derrière en l’air, elle oscillait entre les obstacles, le linge suspendu au-dessus d’eux tel les oriflammes de leur caravane.
À chaque nouveau tour ils changeaient d’éclaireur.

Leur rires rebondissaient sur les toits, assaillaient les fenêtres ouvertes et s’écoulaient derrière eux comme une rivière détournée.

C’était l’été, le midi de la France.

 
Dans le village à cinq kilomètres de la mer la famille de Cat possédait une maison à deux étages. Cette année elle avait eu le droit d’inviter ses camarades, uniquement des garçons de quinze ans.
Le matin ils allaient se baigner en prenant le vieux bus cabossé de la commune ; ils se serraient sur la banquette arrière pour sauter jusqu’au plafond quand la route malmenait les amortisseurs.
Ils mangeaient un sandwich sur la plage puis rentraient avec le car de deux heures. Après c’était des jeux dans la cabane construite sur « autorisation spĂ©ciale Â» par un ami de Cat - Henri - dans le parc du château dont il connaissait les propriĂ©taires.

MĂŞme s’il raillait souvent leurs accent et habitudes Henri jubilait d’avoir rencontrĂ© des « parigots Â». Il fallait faire le plein de copains tant du cĂ´tĂ© des vacanciers que des natifs de la rĂ©gion.

Eugène adorait les expressions du coin : se faire traiter de « fada Â» pour des bĂŞtises, taquiner les « pecques Â» ou encore souligner son propos d’un « â€¦, con Â» sans modĂ©ration ; avec cette façon de faire rebondir les mots en fin de phrase qui prouvait que c’était bel et bien les vacances.

Il y avait aussi ces dames du goûter Mes Reboulet Farret Bages et Escande qui sur leurs chaises en paille presque sur la route et à l’ombre de la porte d’un garage, attendaient leur venue.

vélo promenade copains​

Causeries autour de la boîte en fer remplie de biscuits maison : un rituel exigeant le déploiement de leurs vélos en éventail pour écouter les vieilles dames raconter le passé.

Chez Cat les repas fournis par les productions des jardinets villageois se déroulaient dans la véranda avec ses meubles en osier réaménagés selon la température sur la terrasse.

Que de moments heureux sous ce ciel aux traînées roses qui annonçaient un lendemain ensoleillé.


Quitter Sérignan avait été douloureux cependant pas autant que de le retrouver bien plus tard si éloigné de leurs souvenirs, du moins est-ce ce que leur avait affirmé Cat.








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